Ni de Gauche ! Ni de Droite !! Ni du Centre !!! (4)

A l'université d'été du MEDF (Patronat français), le 27 août 2015, l'ancien ministre aujourd'hui Président de la République déclarait :

"La Gauche a cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins . "

Etonnant ! Non ?

Regardons-y de plus près !
Cette phrase ne laisse-telle pas entendre au moins deux choses :

Les pays qui travaillent davantage sont plus prospères.
La gauche, ayant emprunté la voie de la réduction du temps de travail, a fait fausse route.
Emmanuel Macron n'inviterait-il pas les Français à renouer avec un des préceptes bibliques : "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front" ?

Dans l'histoire contemporaine, déjà à deux reprise nous avons eu l'occasion de ce type de retour.

Après les mesures sociale du Front Populaire, rhétoriquement réactionnaire, le Maréchale Pétain n'affirmait-il pas : " On a voulu épargner l'effort, on rencontre le malheur". Et plus près de nous et pas si loin le credo libéral de Nicolas Sarkozy ne s'émaillait-il pas du "travaillez plus pour gagner plus" ?
Le culte de l'effort individuel reviendrait donc au goût du jour et la récompense pour celui (celle) qui sait être méritant(e) redeviendrait une certitude.

Il se pourrait que ce ne soit pas si simple !

Durée du travail et productivité sont certainement deux notions à prendre en compte simultanément !
Y a-t-il un lien entre durée du travail et production de richesse et si oui de quelle nature est-il ?

Permettez, Monsieur le Président que nous nous y intéressions avec l'aide des économistes !!!

Les économistes n'ont-ils pas toujours cherché à faire le lien entre le temps de travail nécessaire à la production d'un bien et la valeur de ce bien sur le marché ?

Dès 1776, Adam SMITH-fondateur des l'économie politique moderne- écrivait dans La Richesse des nations : "Il est naturel que ce qui est ordinairement le produit de deux jours ou de deux heures de travail vaille le double de ce qui est ordinairement le produit d'un jour ou d'une heure". Il paraissait logique que le temps de travail influe sur la valeur du bien. En 1817, cette analyse est reprise par David RICARDO -autre grand économiste de l'école classique - dans son livre " Des principes de l'économie politique et de l'impôt" où il précise que la valeur d'une marchandises mesure e à la quantité de "travail incorporé" dans sa production.

Voilà, une idée simple, d'une logique implacable qui est - semble-t-il bien ancrée, encore aujourd'hui dans les esprits.

Cependant, dès le XVIII ème siècle on trouvait sur le marché des des biens nécessitant moins d'heures de travail que d'autres et qui coûtaient plus cher.

A la durée de la tâche s'ajoutait la question, difficile à résoudre, des différentes qualités d l'ouvrage et de la complexité de l'action. Comment donc expliquer qu'une heure certain métier vaille 5 heures d'un autre ? Qu'un bien nécessitant une heure de travail soit cinq fois plus cher qu'un autre nécessitant 3 heures ? Comment le justifier concrètement ?

Adam SMITH et David Ricardo ont offert une réponse que nos économistes contemporains avancent aussi : c'est le marché qui décide.

En clair, le marché décide de ce que vaut votre heure de travail par rapport à celle d'un autre. Ricardo avance même que les différentes qualités de travail sont ajustées sur le marché en fonction d'un nombre de critères qualitatifs formant "une échelle de valeurs" qui une fois établie subit peu de variations dans le temps. Par exemple cette "échelle de valeurs" décide que l'heure de travail d'un cadre vaut trois fois celle d'un Smicard.

La question de la valeur créée par le travail est tellement complexe qu'elle ne peut se résumer à la notion de durée. Karl Marx parlera de "travail abstrait" et les néo-classiques se réfugieront dans la loi de " l'offre et la demande sur le marché " qui seule définirait la valeur marchande !

En résumé, si le travail est créateur de valeur, la valeur créée ne dépend pas que du temps de travail. D'autres aspects, notamment le type de travail ou les filières (comme les secteurs d'avenir moins soumis à la concurrence et bénéficiant de prix élevés) ont une forte influence sur la création de valeur.

D'autre part, les pays qui travaillent le plus sont-ils les plus riches ?

Le Bangladesh - premier producteur de textile au monde - voit les horaires de travail dépasser 70 heures par semaine pour des salaires qui atteignent péniblement 70 dollars mensuels.

En Egypte et au Pérou c'est 55 heures par semaine.
Dans le classement OCDE c'est en Allemagne que la durée est la plus faible suivie par le Danemark et la Norvège. La France arrive en 6ème position.

Toujours dans l'OCDE, quant à la réduction du temps de travail entre 1997 et 2014, les pays ayant réduit le plus la durée du travail, sont l'Autriche, suivie de l'Irlande et de l'Allemagne. La France n'est qu'en 5ème position et tous les pays ont réduit le temps de travail sauf la Grèce qui l'a augmenté.

Alors Monsieur le Président Macron, en définitive soutenez vous encore comme le Ministre que vous étiez que les pays qui travaillent le plus sont les plus riches et vous rendez vous à l'évidence que ceux qui travaillent le moins sont également le plus prospères.

Les pays riches travaillent moins mais leur productivité n'a cessé d'augmenter .

Qu'en est-il en France ?

Eh! Oui !! La durée du travail a été divisée par deux en un siècle !!!

Ne vous en déplaise Monsieur le Président .
Et en même temps , le revenu moyen croissait de façon considérable.
Cela semble s'expliquer par le fait que la production effectuée aujourd'hui par un emprisonne vaut 25 fois celle d'un travailleur de 1830. Pour une durée égale du travail, il semble qu'un "homme" ait multiplié par 25 la quantité de bien produit !
De 1949 à 1973, lors des Trente glorieuses, la productivité du travail a augmenté de 4,5 à 5% par an (dans "Travailler moins pour travailler tous" chez Syros en 1993). Il semble que les gains de productivité ont été la clé de l'accroissement du niveau de vie et du développement économique.

Ne pensez-vous donc pas, Monsieur le >président, que le plus important ne soit pas la question du temps de travail mais bien celle de l'amélioration de la productivité ! Si c'est le cas pour vous, il est donc à penser que cette amélioration de la productivité pourrait dépendre des infrastructures, des technologies, de l'organisation du travail et de la qualification des individus .

Il faut se rendre à l'évidence !
Les employés sont bien formés dans notre pays, les filières bien équipées et l'organisation de la chaîne de travail bien rodée. Alors, en l'absence de toute innovation pouvant améliorer le processus de production, toute volonté d'augmenter la productivité ne pourra se faire que par des pression psychologiques sur les travailleurs (objectifs chiffrés inatteignables par exemple) ou par l'utilisation de travailleurs détachés visant à faire baisser le coût du travail. C'est ce que font déjà beaucoup d'entreprises en toute impunité !

Mais Monsieur le Président, n'existe-t-il pads des secteurs d'avenir où il serait possible d'améliorer la productivité par la formation des employés et par des investissements dans les technologies et les infrastructures. Tout comme la transition énergétique n'offre-t-elle pas des espaces d'innovation à tous les niveaux, allant du secteur des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique des bâtiments aux systèmes de transports bas carbone. Autant de secteurs utiles où nous pourrions, Monsieur le Président, devenir des leaders mondiaux.
De plus, permettez cette insolence, Monsieur le Président ! Il est d'autres pistes à explorer que vous semblez - j'espère me tromper - ignorer.?

Oui. D'autres pistes restent à explorer pour engranger des gains de productivité.

La réduction du temps de travail ! Eh! oui, ne vous en déplaise : la RTT.
Les expériences menées en France , en Suède , ou en Allemagne présentent des résultats intéressants.
L'expérimentation de la journée de 6 heures pour les aides-soignantes d'une maison de retraite publiquement par la mairie de Göetborg a eu des effets positifs sur la qualité du travail et a fait fortement chuter les arrêts maladie. Un meilleur partage du travail permet également une meilleure utilisation des machines, ce qui augmente la productivité du capital. Enfin, la RTT permet de créer des emplois, comme le montre notamment le passage à la semaine de 35 heures en France grâce auquel plus de 350 000 emplois ont été créés entre 1998 et 2002. En effet, le rapport de la députée Barbara Romagnan souligne que le tournant des années 2000 est le moment où la France a créé le plus d'emplois après- guerre.
Enfin, ne pensez-vous pas Monsieur le Président que réduire le temps de travail c'est également s'interroger sur le sens de notre modèle de production et de consommation et sur son impact sur l'environnement.
Au risque de vous apparaître provocateur, je ne puis que céder à la tentation qui est la mienne d'évoquer les travaux d'un think tank britannique NEF (New Economics Fondation) qui portent sur l'hypothèse de travail d'une semaine de 21 heures et qui explique que la RTT est une façon d'adapter l'économie à l'environnement et aux relations humaines et non l'inverse !

En fait, il faut se faire à l'idée que :

la création de richesse est un processus complexe qui ne se résume pas uniquement à l'allongement de temps de travail !

!La clef de voûte se trouve dans l'amélioration de la productivité !__

Travailler plus dans des secteurs où la productivité est déjà élevée, c'est tout simplement augmenter la pression sur les salarié(e)s pour un résultat souvent contre productif !
A l'inverse, réaménager le temps de travail dans ces secteurs, c'est permettre une meilleure utilisation des machines et une amélioration d cela qualité de vie des travailleurs, pour in fine, augmenter leur productivité.
Reste la question des innovations et des secteurs d'avenir sous-exploités.

L'efficacité énergétique des bâtiments .
Les économies d'énergie. Autant de chantiers qui pourraient rendre nos entreprises plus compétitives, car plus économes en ressources, tout en leur permettant de lutter contre le réchauffement climatique.

Ces sujets intéressent-ils l'ancien ministre?
Veut-il simplement déstabiliser l'aile gauche de son mouvement en lançant une telle charge contre les 35 heures avec, il faut le constater, les mêmes arguments que la Droite qu'il faut bien séduire quand même ?

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