Macron ? Ni de Gauche ! Ni de Droite !! Ni du Centre !!! (13)

Le 12ème billet devait être le dernier...Mais ce sera le 13 c'est promis.

En effet, cet élément de déclaration au ministère des Finances, le 15 juillet 2015, mérite réflexion !

"Je n'aime pas ce terme de modèle social." disait-il !

Le "modèle social" est représenté par un ensemble d'institutions et de législations qui ont pour but de protéger les Français des aléas de l'existence.
Il englobe la Sécurité sociale, le droit de travail, le salaire minimum, les allocations-chômage, les aides sociales et l'accès à l'éducation.
Si l'on en croit Emmanuel Macron (alors ministre des Finances) : ce modèle en serait pas adapté à la mondialisation. Tiens donc !
Pire encore :
En raison de ses rigidités, il empêcherait l'économie d'être plus dynamique.
Bien sûr !!
Voilà un discours que l'on entend depuis quelques années tant à gauche qu'à droite.
Ce trait expliquerait-il le flou artistique gouvernemental actuel ?
Mais au fait, ils (elles) passent tous et toutes sous silence le détricote insidieusement opéré ces trente dernières années qui n'a pas eu grand effet sur la croissance convenons en.

Et dire que l'ancien ministre, l'actuel Président de la République semble préconiser d'aller encore plus loin dans la casse des acquis sociaux avec des propositions très proches de celles du M.E.D.E.F !

Macron et Medef, même combat ?

En juillet 2015, donc, au ministère des Finances, devant un parterre de fidèle, notre actuel Président de la République développait sa pensée pour relever les défis de l'avenir. Il s'interrogeait ainsi : " Tout le défi est de savoir comment on amène à faire gagner la France dans la mondialisation. On réussit à porter quelque chose de différent, des valeurs différents, une culture différente, un rapport géopolitique différent, mais, si on reste arc-bouté sur notre ADN, le monde peut très bien continuer sans nous."....et il poursuit "Comment on invente un nouveau modèle ? Comment on reprend l'initiative ?" et de fil en aiguille il trouve un responsable à cette succession de questions sans réponse : " Le consensus de 1945 est inadapté"

Il s'agit tout d'abord d'un appel à la différence, à penser autrement !

Mais on n'en sait pas plus !! De quelle différence s'agit-il ? Nous n'en saurons rien ce jour là et nous n'en savons toujours rien mais on peut s'attendre à tout !

Vient ensuite la sempiternelle affirmation : la France est un pays bloqué, corporatiste et sans imagination..

Traditionnel dénigrement de soi qui débouche sur la sentence menaçante :

" Le monde peut très bien continuer sans nous .

Y a-t-il un appel à penser autrement, oui mais pas trop car il faut suivre la voie, déjà tracée, de la mondialisation (sic) .

Vient aussi la charge contre ce qui freinerait ce changement et cette adaptation nécessaire à la mondialisation : le modèle social français hérité du consensus de 1945.

Ce discours de 2015 du ministre de l'Economie fait étrangement écho à des propos tenus en 2007 par Denis Kessler, alors Vice-Président du Medef. Le numéro 2 de l'organisation patronale avait donné comme titre à son intervention rapportée dans le n°94 de Challenges (octobre 2007) : " Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde".

Se laissant aller à l'enthousiasme il avait évoqué les transformation à venir :
" La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1945 et 1952, sans exception. Elle est là (la liste des réformes). Il s'agit aujourd'hui (disait-il) de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la résistance" ..."Cette architecture singulière - poursuit-il- n permet plus à notre pays de s'adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires."

A huit ans d'écart, un ex-numéro 2 du Medef et un ministre de l'Economie d'un gouvernement socialiste tiennent donc un discours identique !
Je pense ( et je ne suis certainement le seul) que cela mérite d'être souligné et de s'autoriser à poser la question de savoir, Monsieur le Président, si cette façon d'aborder les problèmes est toujours d'actualité dans vos intentions.

Est-ce que - comme l'avançait Margaret Tatcher et que peu importe que nos ministres de l'Economie soient de gauche ou de droite - la seule politique à mener est celle qui consiste à défaire les acquis sociaux ?


Enfin, le modèle social est-il un frein à la croissance ?

A vous entendre, les "gens d' "En Marche" , notre modèle social les serait notre économie d'un pois insupportable et la rendrait ainsi inapte à ue compétition mondiale.
De plus, on vous entend dire que faire payer des impôts aux riches et/ou aux entreprises pour fiancer des aides sociales c'est freiner la création d'entreprises et inciter les pauvres à l'inaction. Le modèle social créerait donc des rigidités structurelles qui empêcheraient l'économie de s'adapter aux exigences de la mondialisation.
Il faut cependant se rendre à l'évidence : même si votre postulat peut apparaître logique à première vue, il est, malheureusement pour vous, contredit par les faits.

La période d'après-guerre, aussi imparfaite soit-elle, a rendu possible une croissance inédite dans l'histoire économique. L'octroi de droits sociaux supplémentaires et la montée en puissance de l'Etat social n'ont en rien freiné le dynamisme économique - bien au contraire.. La croissance a été progressivement inclusive et a permis à des franges plus nombreuses de la population d'accéder à un niveau de vie jusque-là inconnu.

A l'inverse, la casse de ce modèle de ce modèle social, qui s'est opérée à partir des années 1980, n'a pas permis de créer des emplois et de redresser l'économie.

De plus, Monsieur le Président, il faudrait à l'honnêteté intellectuelle de dire que notre modèle n'est pas resté figé depuis l'après-guerre.

Des piliers de l'Etat social tels que les services publics ou la politique budgétaire ont subi de profondes transformations dans le cadre de la construction européenne, des entreprises publiques ont été privatisées (y compris à l'initiative de socialistes), le marché du travail s'est flexibilité, notre protection sociale s'est dégradée.

De manière générale, le modèle de 1945 appartient déjà au passé et vous avez l'audace de dire que ce qu'il en reste serait encore excessif pour faire "gagner la France dans la mondialisation". Y'a de l'abus !
Au risque de remuer le fer dans la plaie mais il faut souligner que les pays ayant un Etat-providence développé ont souvent une croissance plus forte que les autres. Ainsi, sur la période 2001-2005, la Suède a eu de meilleur résultats que le Japon, malgré un taux de prélèvements obligatoires bien plus élevés.

Peut-être faut-il chercher ailleurs que dans le modèle social, peut-être dans le manque de vison de nos ministres de l'Economie qui, plutôt que d'explorer des secteurs d'avenir se sont acharnés à libéraliser l'économie au nom d'une idéologie appliquée trop religieusement !

Outre les chocs pétroliers et les désordres monétaires, la fin des Trente glorieuses est largement due à une saturation des débouchés intérieurs que l'on a voulu remplacer par des débouchés extérieurs. Or un tel modèle entraine une compression des coûts pour être compétitif sur les marchés internationaux, et donc des réglementations sociales et environnementales plus faibles.

A qui la faute ? Si ce n'est aux dirigeants de notre système politico-économique et social !

Il est possible, aujourd'hui de créer de nouveaux débouchés en France de nombre de secteurs, en accord avec la transition écologique : l'efficacité énergétique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables, l'économie circulaire, etc.

A l'inverse, rechercher des gains de productivité dans des secteurs historiques ne peut se faire que par la casse du droit des travail, la baisse de la pression fiscale et un nivellement par le bas des réglementations.

C'est ce qu'on décidé de faire les multinationales, encouragés par les politiques rassemblés autour d'Emmanuel Macron, Président de la République.
Une autre France, La "France Insoumise" propose des chantiers d'avenir décisif tant pour l'économie que pour la cohésion sociale de la France

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