Ni de Gauche ! Ni de Droite !! Ni du Centre !!! (6)

Des paroles et des actes !!!

" La grande différence entre la France et le Royaume Uni dans les années 1980, c'est que nous n'avons pas assuré les réformes à l'époque "

Dixit Emmanuel Macron sur la BBC le 14 mars 2015.

Tiens donc !

Pas étonnant ! Un des lieux communs parmi les plus répandus par la "vulgate néo libérale" n'est-il pas celui de la "France Bloquée" crispée sur un modèle archaïque et rétive aux réformes ?

Tour à tour, en fonction des époques, des Etats étrangers n'ont-ils pas été érigés en exemple à suivre ?

Souvenons-nous !
Ne fallait-il passé être japonais dans les années 1980 ?
Anglais dans les années 1990 ?
Allemand dans les années 1990 .
Pour en finir, Danois à partir de 2010 !
Parmi ces modèles, un exemple se distingue des autres pour les libéraux : celui de la britannique Margaret Thatcher, la "Dame de fer" sans concessions qui a su imposer des privatisations et mettre au pas des mineurs grévistes et un syndicalisme pourtant robuste pendant de nombreuses décennies.
Tatcher, c'est un passage en force pour contourner les rigidités de l'économie et permettre aux forces du marché d'exercer leurs vertus : un salaire déterminée fonction de la productivité, une concurrence renforcée et une faible taxation pour ne pas nuire aux incitations et initiatives des entrepreneurs ! (sic).

N'en sommes-nous pas en France à la veille de ce traitement de type purge économique et sociale ?

Pour Emmanuel Macron, la France n'a jamais voulu réaliser ces réformes, préférant se refermer sur elle-même plutôt que de s'inscrire dans la mondialisation.

Pour lui, en ayant accédé aux responsabilités suprême, le moment n'est-il pas venu ?

Il n'est pas interdit d'en émettre l'hypothèse !
Ce déni face aux évolutions du monde expliquerait, selon lui, notre faible croissance économique et notre taux de chômage élevé. C.Q.F.D !

Il nous faut bien prendre conscience que l'actuel Président de la République, en tant qu'ancien Ministre de l'Economie (pas seul mais avec un certain nombre d'intellectuels) pensait (et pense peut-être encore !) que la France a trop voulu défendre son modèle d'économie mixte, celui de l'articulation d'uns sphère publique importante et des principes de l'économie capitaliste, refusant de ce fait la logique de marché qui s'imposait au monde..

Il s'agit là d'une antienne ressassée par les partisans du libéralisme et face à cela vaut la peine de rappeler, il faut rappeler les politiques mises en place ces trente dernières années.

On peut discerner trois âge du capitalisme.
Du XIXème siècle aux années 1930, le premier âge libéral aboutit à la crise de 1929 et à la difficile reconstruction de l'économie mondiale qui constituent un terreau fertile pour le développement et la propagation du nazisme conduisant à la seconde guerre mondiale.
Le deuxième âge commence après-guerre et confère un rôle plus important à l'Etat qui a désormais pour rôle d'encadrer les marchés et de stabiliser l'économie. On assiste au développement de son champ de compétences : l'Etat-providence assure une fonction protectrice et l'Etat stratège pilote de grandes entreprises publiques dans les secteurs de l'énergie, des télécommunications et des transports. Les marchés financiers et les prix d'un certain nombre de biens sont réglementés. Les bénéfices des entreprises sont mieux redistribués aux travailleurs, car il est alors important, dans un contexte d'opposition au système communiste d'URSS, de montrer que l'économie de marché capitaliste est aussi bénéfique aux chefs d'entreprises qu'aux salariés.
A partir des années 1970, alors que les pays industrialisés voient leurs débouchés se restreindre et les coûts de production augmenter en raison des chocs pétroliers, arrive le troisième âge qui capitalisme. Suivant l'exemple du tandem Ronald Reagan-Margaret Tatcher, les gouvernements vont réduire le champ d'intervention de l'Etat, déréglementer l'économie, privatiser les entreprises publiques et faire confiance aux mécanisme d'ajustement par le marché.
IL n'est pas interdit d'y voir une influence majeure de l'économiste américain Milton Friedman qui juge les politiques de relance inefficaces et préfère les politiques d'offre, consistant à encourager la production de biens en allégeant les charges des entrepriseset à favoriser l'initiative individuelle en réduisant les contraintes de l'Etat.

La France n'a-t-elle pas été, sous le dernier quinquennat une bonne élève de Friedman ?

La France s'inscrit dans ce mouvement et c'est le Parti socialiste avec François Mitterrand qui dès 1979 engage le pays sur les voies du néolibéralisme. Ayons le courage de le souligner !!!

Et le tournant de la rigueur !

Après le premier moment mitterrandien , de 1981 à 1983, qui voit la puissance publique se renforcer par un ensemble de nationalisations dans les secteurs industriels et bancaires, le temps du socialisme de gauche est révolu.
A la suite de l'échec de la "relance Mauroy", en 1981-1982, la gauche entame un virage économique qui la conduit à épouser les orientations du capitalisme dominant. C'est le fameux '"tournant d cela rigueur".
Dès mars 1983, la France met en place une austérité qu'elle justifie par la nécessité d'un e monnaie forte, l'intégration européenne, la compétitivité, la mondialisation et la modernisation de son appareil étatique? Elle conduit, souvenons-nous, une politique de "désinflation compétitive" sur la base de trois piliers : le franc fort, la réduction de la dépense publique et la modération salariale. Il est question de gagner en compétitivité pour soulager notre économie du poids de la contrainte extérieure .
L'Allemagne est alors désignée comme le modèle à suivre et le franc doit tenir tête au mark, devise de référence.Ainsi la France renonce aux dévaluations de sa monnaie (la dernière sera réalisée en 1987) et elle s'applique à lutter contre l'inflation afin d'éviter les "effets retours" c'est à dire une augmentation des prix qui entraînerait celle des salaires entraînant elle-même une augmentation d cela demande et une nouvelle hausse des prix et ainsi de suite. Les salaires connaissent alors une modération sans précédent puisque leur part dans la valeur ajoutée nationale subit un recul de 10 points de pourcentage entre 1976 et 2008. D'autres facteurs, comme le recours à l'emploi précaire - notamment l'intérim légalisé en 1972 - concourent au contrôle des salaires.
L'Etat, déjà, modifie également la fiscalité pour la rendre plus favorable aux entreprises. L'impôt sur le bénéfice des sociétés passe de 50% à 33%, avec l'idée que les bénéfices d'aujourd'hui font les investissements de demain etc les emplois d'après-demain.. En fait, la modération salariale réduit encore plus les débouchés des entreprises et de ce fait les incitations à investir aussi. Le chômage augmente, entrainant une hausse de la dépense publique et du déficit.
En fait, la théorie économique nous enseigne (notamment par le keynésien Nicolas Kaldor) qu'il n'est pas possible de tenir ensemble les quatre objectifs de la politique économique que sont la croissance, le plein-emploi, l'équilibre extérieur et la stabilité des prix. Les deux premiers (croissance et plein-emploi) ont été défendus lors de la période "du capitalisme de reconstruction" (comme l'appelle Thomas Piketty) mais à partir des années 1980 c'est la stabilité des prix et l'équilibre extérieur qui sont retenus. En les choisissant les décideurs ont volontairement accepté de ne pas promouvoir la croissance et l'emploi.. Les faits le prouvent : à partir de 1986, l'inflation connaît un déclin important et nos entreprises réalisent des excédents commerciaux sans que l'emploi (à l'exception de la période 1988-1991) ni la croissance économique ne s'améliorent.
La France apporte également une contribution décisive à la financiarisation de l'économie. Ce sont trois français (Jacques Delors à l'Union européenne - Henri Chavranski à l'OCDE et Michel Camdessus au FMI) qui ont proposé ou appuyé l'adoption des règles libérales pour leurs organisations respectives et ainsi permis l'accélération et l'augmentation de la circulation des capitaux. Enfin, en 1987, l'arrivée au pouvoir de Jacques Chirac encourage un programme de privatisation dans des domaines stratégiques (énergie, nasiques...), l'arrêt de tout contrôle des prix et la suppression de l'autorisation administrative de licenciement pour rendre le marché de l'emploi plus flexible.
A lia fin du XXème siècle la France a transformé son économie sans rien avoir à envier au modèle tatchérien. L'emploi s'est réduit de moitié dans le secteur public entre 1985 et 2000, les grandes entreprises publiques ont été privatisées totalement ou en partie à partir des années 1990, l'Etat stratège s'est progressivement effacé, les syndicats ont connu une baisse de leurs effectifs, le taux de chômage et les inégalités n'ont cessé d'augmenter.

Monsieur le Président ! Contrairement à ce que vous affirmez la France a bel et bien effectué de nombreuses réformes depuis 1983, sans succès économique. Il n'y a donc pas d'opposition entre la politique économique de la France et celle du Royaume-Uni même si les changements de cap ont été plus étalés chez nous et rarement discutés lors des campagnes électorales, à la différence de ce qui s'est passé au Royaume-Uni.
Ne trouvez-vous pas , Monsieur le Président, qu'il est grand temps de refermer cette parenthèse et d'ouvrir la voie d'un autre âge du capitalisme qui rectifierait les échecs précédents tout en intégrant les défis du XXIème siècle : comme la lutte contre le réchauffement climatique. !

Un capitalisme plus humain qui miserait sur la coopération des individus plutôt que sur la mise en compétition, sur la qualité des produits plutôt que la quantité, sur des investissements dans l'économie réelle plutôt que dans le spéculation financière, sur les énergies renouvelables plutôt que sur celles qui polluent.
Un capitalisme sous la contrainte climatique qui imposerait un but et redonnerait un sens à la production.

Reconnaissez , Monsieur le Président, que ministre vous avez souvent répété que toute autre politique est un mirage mais que vous auriez dû être l'artisan de ce nouvel âge du capitalisme. Sauf votre respect, maintenant que Président de la République c'est le moment de faire ! Il est grand temps, les maux de la société sont flagrants !

En cours de rédaction

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